Dialoguer avec la pièce d’Ibsen tel un musicien de jazz réinterprétant un standard : tout en le respectant, oser les digressions, les écarts et les inventions.

Traduire mot à mot, s’y maintenir au plus près, se méfier de l’envergure et la richesse de la langue française afin de restituer avant tout une parole. Assouplir cette matière brute et première ainsi obtenue en la passant par le filtre de mon expérience et ma sensibilité d’acteur. Puis adapter, c'est-à-dire re-présenter ces mots et cette histoire, élaguer, déplacer, retrancher, répéter, remodeler, ajouter… mais sans se montrer : servir le projet.

 

Une maison de poupées dans sa version originale (Et dukkehjem) n’est pas une langue poétique dont il faudrait restituer la saveur des sons, des images et des idées : il s’agit d’un langage directe et quotidien qui a vocation à être le plus naturel possible.

C’est d’avant tout une « action », un langage mensonger et utilitaire qui s’énonce davantage pour servir l’intérêt personnel que pour le dévoilement des êtres. Ces individus sont moins ce qu’ils disent que ce qu’ils taisent, leurs faits et gestes les dévoilent bien plus que leurs mots. Dans ce contexte les mots de vérité sont rares et frappent sans crier gare, ce qui leur donne ainsi une toute autre valeur. Et il y a dans cette langue, cette chose fondamentale de la nature humaine qui arrive à subsister, à s’insinuer dans le moindre espace de nos existences, du plus banal au plus dramatique et qui nous sauve du désespoir : l’humour.