Projet
Mise en scène et/ou direction d’acteur
Espace temps

Projet

Plonger au cœur du couple, dans son intimité; en faire une radioscopie ; observer les équilibres et les forces en présence ; scruter les lois qui le régissent, l’espace de liberté ou d’aliénation que chacun y trouve ; chercher comment les sentiments profonds s’expriment et sous quels masques ; révéler les petits moments de bonheur, de joie et de communion profonde ou bien de tension et de crise ; y étudier les arrangements, les mesquineries, les intérêts personnels, l’ordre social qui le régit et surtout comment l’amour y existe ou subsiste et quel en est sa véritable nature : sincère ou factice, altruiste ou égocentrique.

Prendre comme grille de lecture notre environnement personnel et social : une société bourgeoise, instruite, issue des révolutions contemporaines, cherchant l’émancipation individuelle ; des personnes ayant vécu la généralisation et la banalisation du divorce, consciente des dysfonctionnements de la relation de couple, tentant d’y remédier, péniblement, tout en reproduisant malgré elles des schémas ancestraux, aspirant au bonheur et le trouvant par moment, mais cherchant essentiellement une satisfaction personnelle… Si les personnages d’Ibsen ne sont pas de plain-pied dans cette société-là, ils en sont à la naissance et en contiennent l’essence et les germes.

Aborder la pièce d’Ibsen comme un scientifique qui serait lui-même le sujet de son étude et son propre cobaye : amener le spectateur à se trouver tout à la fois en position de voyeur … et d’exhibitionniste.

Oser regarder ces êtres et l’image qu’ils nous renvoient, de face. Oser plonger dans l’œil du cyclone de notre intimité afin d’en observer les effets alentours, parfois dévastateurs.

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Mise en scène et/ou direction d’acteur

Cette « chronique de la vie conjugale», dirais-je en regardant du côté de Bergman, s’articule autour du couple Nora/ Torvald, mais nous chercherons un point d’équilibre pour mettre tous les personnages à même hauteur. Kristine, Rank et Krogstad interrogent tout autant les notions du couple, de l’image et de la place sociale, de l’individu et l’autre … et de l’amour.

 

 

Il faut arriver à transcender les archétypes que chacun des caractères nous renvoient, qu’ils soient particuliers tout en restant exemplaires, et éviter ainsi l’écueil du stéréotype qu’Ibsen ne cesse de dégoupiller par touches subtiles, omissions et énigmes. Dépeindre ces cinq individus avec attention, nuance, et tendresse (même dans leurs aspects les moins reluisants), leur donner le relief et l’ambiguïté liés à la nature humaine et les rendre ainsi équivoques et protéiformes. Nous ne ferons jamais l’exploration complète de leurs âmes, nous en devinerons seulement les contours à travers leurs façons d’agir.

 

Il s’agit presque de réaliser une étude comportementaliste  de cet échantillon sociétal et questionner ainsi nos propres agissements quotidiens et modernes en ayant un regard honnête et lucide sur nous-mêmes, et tout en sachant user d’autodérision.


 

Pour révéler l’impudeur des situations que propose Ibsen, il faut, a contrario, les traiter avec la plus grande des pudeurs. Discrétion et retenue dans le jeu sont nécessaires. Les quelques rares moments de réelles mises à nu des êtres et l’expression soudaine de leur vérité profonde pourront ainsi prendre toute leur ampleur.

La forme du documentaire, souvent plus bouleversante et stupéfiante que la fiction, est pour moi une belle source d’inspiration. Il s’agit de personnes ordinaires à qui il arrive des choses extraordinaires…

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Espace temps

Une évocation des années 60, période à l’issue de laquelle je suis né, sera le cadre esthétique dans lequel les protagonistes évolueront. L’époque est charnière pour les mœurs occidentales et permet de maintenir la crédibilité nécessaire à l’intrigue (l’autorisation pour une femme en France d’ouvrir un compte en banque sans l’accord de son mari date de 1965 !!) et de fournir à la fois distance et proximité à notre poste d’observation.

 

 

 

L’espace où  « tout doit se jouer » renvoie à un décor cinématographique posé en studio ou une maquette d’appartement témoin qui aurait subi une coupe verticale pour en faciliter l’étude : un lieu mixte (entrée, séjour, bureau familiale) et de passage, à la fois abstrait et vériste, meublé au fil d’une dizaine d’années de vie commune du strict nécessaire à l’histoire; un point de rencontre et d’impact entre l’extérieur (social) et l’intérieur (intime) du foyer. A l’intérieur de cet espace, les axes sont parallèles et perpendiculaires mais nous observons l’ensemble de biais.

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Nils Öhlund, traducteur et metteur en scène d’Une maison de poupéeS

crédit photos : © Grégory Brandel